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19
Sep

Prévention du risque sismique dans les Caraïbes – Rencontre internationale au séminaire DIPECHO

Posté par le dans L'Actu Anco
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Du 8 au 10 août dernier, la commission européenne réunissait les experts et les politiques de toute la Caraïbe pour parler de prévention du risque sismique. Retour sur ce brassage d'idées opéré en République Dominicaine, entre des représentants des Nations Unies, des cellules de crise des états caribéens, des ONG, et des experts en construction parasismique.

35 conférences cet été au séminaire DIPECHO, comme pour dire tous en cœur : si aujourd'hui on sait construire parasismique, il reste à faire appliquer les dispositions parasismiques sur les chantiers. En effet, le problème s'est déplacé : il y a 40 ans, on manquait de connaissances. Aujourd'hui, la prévention a un rôle primordial à jouer pour faire appliquer les connaissances acquises en construction parasismique.

Car le constat dégagé au cours des ateliers de réflexion est bien celui-là : on construit encore des bâtiments neufs et non parasismiques, dans cette région pourtant à forte sismicité...
Plusieurs raisons ont été évoquées, entre autres, l'absence ou la vétusté du code de construction local, la difficulté de l'appliquer, le défaut de financement pour la mise en œuvre d'une politique de prévention efficace, le manque de formation des constructeurs et d'information du public.

La modernisation du règlement de construction local est une étape préalable importante, comme le montre un exemple à Santiago (République Dominicaine), où, grâce à un microzonage de la ville réalisé en 2010, la construction d'un bâtiment inadapté en zone liquéfiable a pu être empêchée. Les vieux règlements ne disposent pas de l'évolution de la connaissance en parasismique de ces dernières années, et déphasés, ils ne sont pas appliqués. La République Dominicaine l'a bien compris et en 2011, a mis à jour l'ensemble de son règlement parasismique datant de 1979.

Mais l'existence d'un règlement parasismique récent n'est qu'une première étape, il faut ensuite le faire appliquer. Pendant le séminaire, la visite d'un chantier de la capitale dominicaine, a été éloquente : un bâtiment de grande envergure, construit sans plan et mal ferraillé, malgré un règlement récent. Des mesures d'incitation ont été présentées pour 'pousser' les entrepreneurs et les maîtres d'ouvrage à appliquer les règles. Gladys Christophe, responsable de la Coopération à ANCO, a évoqué la Prime ARCD, mise en place en Martinique par le Conseil Régional. Ce dispositif permet aux particuliers qui construisent parasismique de bénéficier d'une subvention qui vient gommer le surcoût. Gladys Christophe a également évoqué le recours à un bureau de contrôle en bâtiment. Cet intervenant, présent uniquement dans le système français, est indépendant par rapport aux autres acteurs du chantier. Ce contrôle externe permet de mieux assurer le respect des normes de construction, et ainsi les constructions neuves sont peu vulnérables face à un séisme majeur.

La question du défaut de financement, qui fait écho à celle du surcoût de la construction parasismique (entre 0,5 et 2%) soulevée par les maîtres d'ouvrage réticents, appelle à un effort de communication. En effet, le surcoût doit être comparé aux milliards que coûtent réparations et reconstructions après un tremblement de terre majeur, sans compter les conséquences durables sur l'économie. Pour faciliter la prise de conscience, des outils existent, comme celui présenté par la délégation péruvienne et la Banque Interaméricaine de Développement (BID), qui apporte une aide à la décision en intégrant des facteurs économiques.

Enfin, les intervenants ont discuté des efforts de formation et de communication entrepris, et ont échangé leurs retours d'expérience. Pour le grand public, les "simulateurs de séisme" grandeur réelle semblent avoir la côte, même si on peut se poser la question de leur pertinence. Pour la formation des professionnels, Gladys Christophe a présenté le système de formations gratuites mis en place par la DEAL Martinique et ANCO, qui a dispensé près de 200 heures de formation en parasismique aux artisans martiniquais entre février et juillet 2011.

L'objectif de cette rencontre, partager les expériences et promouvoir les échanges, nous a paru atteint. En espérant que l'émulation se crée, et que la prévention devienne une priorité dans la région Caraïbe.

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Pendant près de 5 ans, Adrien a été dans l'équipe des contrôleurs d'Anco, pour des projets de construction allant de la maison individuelle à la tour de 20 étages. Passionné de nouvelles technologies et initiateur de ce blog, il est maintenant responsable de la communication d'Anco en télétravail.

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Invité dimanche, 19 novembre 2017