Mur porteur ou pas ? Quelques astuces

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Vous venez d’acheter un appartement ou une maison, et vous souhaitez… faire une ouverture dans un mur ?

Avant de tout casser et de prendre le ciel sur la tête, vérifiez si le mur est porteur…

Le but de cet article n’est pas de vous former en quelques minutes à analyser les structures de bâtiments, mais simplement à vous donner des indices. Nous vous recommandons fortement de faire appel à un BET ou à un Bureau de contrôle pour identifier la structure porteuse avec certitude.

Ma définition d’un mur porteur : Mur de structure portant une charge verticale autre que son propre poids et les équipements directement attenants (étagères, lavabo…). On peut lire sur internet d’autres définitions ambigues. Un mur porteur peut porter la dalle, et le mur du niveau supérieur. Il arrive qu’un mur ne porte PAS la dalle, et soit considéré à tort comme non porteur, alors qu’il porte les murs des niveaux supérieurs…

Quel matériau constitue un mur porteur ?

mur porteurLa confusion peut venir de là. Prenons les 3 matériaux de construction les plus répandus dans la construction en France, à savoir le béton armé, le parpaing creux et la brique creuse. Chacun de ces matériaux peut être utilisé pour un mur porteur ou pour une cloison non porteuse. Donc, il ne faut JAMAIS tirer une conclusion sur la base seule du matériau.

Sondez les matériaux à l’oreille

faire une ouverture dans un mur porteurCeci dit… essayez tout de même d’identifier les matériaux. Ou en tous cas, les changements de matériaux, qui ont souvent lieu à l’interface porteur/non porteur. Pour distinguer une cloison d’un mur porteur, essayez donc de toquer un peu partout. Si vous distinguez un bruit creux sur un mur, et un bruit plus sourd sur le mur adjacent (vous pouvez également ressentir une dureté supérieure du mur, et de la douleur au doigt…), il est possible que vous ayez identifié un mur porteur. Cette astuce est surtout utile lorsque les porteurs sont en béton, et les cloisons en placo, en briques ou en parpaings creux.

ouverture dans un mur porteurCeci est à prendre avec précaution. Par exemple, de multiples couches d’enduits peuvent faire sonner creux un mur de pierre de 40cm… Pour en avoir le cœur net et vérifier votre hypothèse, armez vous d’une massette, et aller jusque derrière l’enduit pour voir les matériaux.

Encore une fois, ce n’est qu’un indice. Si la plupart des constructions utilisent le même matériau pour les murs porteurs, on voit encore des bâtiments, qui allient béton et parpaings, parpaings et briques, etc, dans la structure porteuse.

 Autres indices faciles : emplacement et épaisseur du mur

Emplacement du mur en question : En façade, les murs sont porteurs à coup sûr. 

Epaisseur : un mur porteur a en général une épaisseur plus importante qu’une cloison non porteuse. L’épaisseur minimale d’un mur porteur est environ de 15cm dans une construction moderne, mais on ne sait jamais ce qu’on va trouver dans l’ancien…

Regardez les poutres

Si vous observez des poutres qui s’appuient sur un mur, on peut considérer que ce mur est porteur. De la même manière, mais c’est plus compliqué, on peut observer les planchers.

Autre considération concernant les poutres : elles peuvent être inivisibles à l’œil nu, positionnée juste au-dessus d’une cloison de même épaisseur. Pour démasquer une poutre cachée, toquez en partie haute des murs. Si il y a une poutre, vous devriez obtenir une sonorité différente entre la poutre, et le matériau sous-jacent qui constitue donc : une cloison.

Mettez la tête dans le faux-plafond

mur-porteur-ou-pas-200x149Pour en savoir plus, il va falloir fouiller un peu. Si vous pouvez accéder au faux-plafond, observez la jonction entre la tête des murs et le plancher. S’il s’agit de cloisons, peut-être que vous pourrez observer un jeu entre le plancher et le mur : plus aucun doute dans ce cas, c’est bien une cloison.

Examinez la forme des dalles de plancher

Les appuis d’une dalle sont forcément porteurs. En gardant ceci à l’esprit, on peut deviner quel mur est porteur et quel mur ne l’est pas, en observant les dalles.

Au sujet des appuis de dalles , on peut retenir :

  • Une dalle fortement rectangulaire est a priori appuyée sur 2 appuis.
  • Une dalle carrée est souvent appuyée sur 4 appuis, surtout s’il s’agit d’une dalle en béton coulée en place. Ce qui signifierait que les 4 murs de la pièce sont porteurs. Mais ce n’est pas certain, elle peut aussi porter sur 2 appuis, surtout si c’est une dalle en prédalles, ou en poutrelles.

Observez la sous-face de dalle

Si vous avez accès au-dessous du plancher, et également accès au faux-plafond, jetez un œil :

  • Si vous observez un plancher en poutrelles en acier (vieux immeubles) ou en béton sur les constructions plus récentes, alors les poutrelles sont appuyées sur des murs porteurs (cf.image). Bingo.
  • Si vous observez des gros joints en sous-face de dalle, le plancher est constitué de prédalles (cf.image). Le sens du joint indique comment sont portées les prédalles, et donc, quels sont les murs porteurs.
  • Si vous n’observez rien en sous-face de dalle, vérifiez que vous n’êtes pas en train d’observer le faux-plafond…ca arrive. Toquez pour vérifier.
  • Si vraiment vous n’observez rien en sous-face de dalle, le plancher est surement une dalle pleine et béton coulé sur place. Pour vérifier cette hypothèse, regardez si vous voyez des petites balèvres rectilignes : ce sont les joints des contreplaqué qui sont servi au coffrage de la dalle. Dans ce cas, sans les plans de ferraillage de la dalle en béton armé, il est difficile d’évaluer les appuis de la dalle, c’est-à-dire les murs porteurs.
  • Si vous ne pouvez pas accéder à l’espace caché par le faux-plafond, descendez à la cave. Il n’y a jamais de faux-plafond dans les caves, et vous pourrez facilement observer la sous-face du plancher du RDC, pour découvrir quels sont les murs porteurs. Car 95% du temps, les murs porteurs sont bien superposés de la cave au grenier.

 

Attention en zone sismique

En zone sismique, c’est encore un peu plus compliqué, car il y a 2 types de murs porteurs.

ouverture mur porteur en zone sismiqueLes murs porteurs ‘classiques’, qui servent à porter le bâtiment en contrant la gravité, et les murs de contreventement, qui non seulement portent, mais sont indispensables pour contrer l’action horizontale qui survient en cas de séisme. Même si il est techniquement possible de calculer une ouverture dans un mur de contreventement, c’est une idée à proscrire en général.

Pourquoi ? Parce qu’il est facile de remplacer le mur porteur par un linteau, qui va porter les charges verticales. Mais la rigidité de l’ouverture créée (+ linteau) est très faible par rapport à celle du mur ! Et sous séisme, on peut découvrir que ce mur servait aussi de mur de contreventement…. La seule solution envisageable consiste à créer une ouverture avec une rigidité équivalente à celle du mur. Un cadre métallique peut être une solution technique, mais en aucun cas, jamais, jamais, jamais, un linteau ne sera adéquat.

Les murs de contreventement ne sont pas l’exclusivité des constructions en zone sismique. Il y a l’action du vent, les vibrations… Si vous pensez à ouvrir un grand mur porteur, dans une zone non sismique, il faut aussi veiller à recréer la rigidité du mur. En d’autres termes, les linteaux posés partout lors de la création d’une ouverture dans un mur porteur peuvent s’avérer insuffisants.

Un dernier mot pour les bâtiments anciens

Si vous, ou plutôt votre ingénieur, avez identifié une cloison comme non porteuse, faîtes encore une fois attention. Beaucoup de vieux planchers, dans les immeubles anciens, fléchissent un peu avec le temps, et finissent par mettre en charge les cloisons, même si elles n’étaient pas prévues pour cela à la base. Ces cloisons qui deviennent porteuse avec le temps sont parfois appelées cloisons semi-porteuses.

Casser une cloison de ce type, même si à l’évidence elle n’a pas été construite pour être porteuse, peut alors avoir des effets dramatiques.

 

En résumé, votre Check-list pour savoir si un mur est porteur

  • Mesurer l’épaisseur des murs, observer les différences
  • Observer la forme des dalles, allongées ou plutôt carré
  • Toquer les murs en partie courante, comparer les murs proches, observer les différences de sons
  • Toquer les murs en partie haute, pour essayer de découvrir des poutres

Après avoir accédé au-dessus du faux-plafond :

  • Observer s’il y a un jeu entre la tête de mur et le plancher
  • Quel type de plancher est-ce ? Béton coulé en place, Solives en bois ? Poutrelles métalliques, en béton ? Prédalles ? Sur quels murs s’appuient les poutrelles ?
  • Vérifier au passage le bon état du plancher, qu’il ne fléchit pas, et ne met pas en charge les cloisons.
  • Si vous n’arrivez pas à accéder au faux-plafond, allez voir à la cave, et observez murs et planchers.

En espérant que ce long article vous soit utile, n’hésitez pas à laisser un commentaire si un point n’est pas assez clair.
 

A suivre : Comment faire une ouverture dans un mur porteur


A propos de l'auteur Adrien Lafond

Pendant près de 5 ans, Adrien a été dans l'équipe des contrôleurs d'Anco, pour des projets de construction allant de la maison individuelle à la tour de 20 étages. Passionné de nouvelles technologies et initiateur de ce blog, il est maintenant responsable de la communication d'Anco en télétravail.